Civitas, pour une cité catholique

A propos de l'euthanasie

 

 

1 - Aperçu philosophique sur l’euthanasie

2 - Loi Leonetti : mourir de faim et de soif… à l’hôpital !

3 - Souffrance et sondage…

4 - Témoignages



 

1 - Aperçu philosophique sur l’euthanasie

 

I - Définitions et opinions

II - L’euthanasie comme homicide

III - L’euthanasie comme suicide

 

I - Définitions et opinions

Euthanasie : définition étymologique : ευθανασία – ευ, bien, θανατ mort. Littéralement, cela signifie une bonne mort, c’est-à-dire dans de bonnes conditions.

 

 

Définition courante : « ensemble des pratiques et méthodes utilisées pour abréger une agonie.

Mort : Séparation de l’âme et du corps

Opinions et précurseurs :

Le premier philosophe à défendre la pratique de l’euthanasie est Hégésias de Cyrène (~300 av. J-C) de l’école des Cyrénaïques. En bref, la seule fin de l’homme est le bonheur, et celui-ci consiste dans le plaisir seulement ; la mort est la seule solution aux souffrances de la vie.

Ce concept sera ensuite défendu par Thomas More dans son Utopie (1516), où il parle de « voluntary death ».

Enfin, les plus grands théoriciens, et applicateurs, de l’euthanasie sont les hommes nourris par l’idéologie du IIIème Reich.
C’est par le mot d’euthanasie que l’on désigne le programme de mise en place d’Octobre 1939 à Août 1941 pour éliminer systématiquement les handicapés mentaux et les vieillards impotents.

 

 

 

II - L’euthanasie comme homicide

Préliminaire métaphysique : toute matière, dans la conception hylémorphique réaliste et thomiste, doit être assez organisée pour pouvoir recevoir une forme, tout comme pour la soutenir.

Application à l’homme :  le corps, matière de l’âme, doit être suffisamment organisé pour recevoir l’âme (conception), pour la soutenir (vie), sans quoi c’est la mort, car la matière n’est plus assez organisée pour que l’âme puisse l’informer.

L’objet propre de la médecine en tant que science est le corps humain, c’est donc à elle de définir jusqu’à quel point un corps est encore susceptible d’être vivant, animé, ou bien s’il faut laisser faire la nature en évitant donc tout acharnement thérapeutique. Le champ d’action de la médecine se limite donc à cette double option :

- soigner le malade qui a des espérances de vie

- laisser survenir la mort naturelle dans l’absence de ces espérances, en apaisant la douleur dans la mesure du possible.

La personne qui force la nature en provoquant délibérément la mort est alors homicide. Elle va contre la finalité de sa profession qui est de sauver, soigner et soulager toute personne, et contre l’ordre naturel et social qui condamne l’homicide.

 

III - L’euthanasie comme suicide

Suicide : Fait de se donner volontairement la mort

 

Pendaison de Judas

 

Les défenseurs de l’euthanasie ont pour argument principal la liberté de l’homme, et son pouvoir absolu sur sa vie, qui est sa propriété.

Avant de réfuter une telle idée, il nous faut considérer un principe fondamental : nous existons, mais nous ne tenons pas notre être de nous-mêmes ; nous l’avons reçu de nos parents, cause matérielle, mais surtout d’une cause efficiente. Cette Cause efficiente nous donne l’être, elle est l’être pleinement, et nous ne pouvons tenir le nôtre que de cette Cause, puisque nous sommes limités. Et que cette Cause est communément appelée Dieu (« Ergo sum qui sum »).

Ceci est la différence entre l’être a se (Dieu) et les êtres ab alio (tous les autres). Tous les êtres sont contingents, un seul est nécessaire qui donne à tous d’exister.

Voici en rapide la troisième voie de la démonstration a posteriori (c’est-à-dire à partir de la réalité) de l’existence de Dieu de Saint Thomas d’Aquin, et cette conclusion métaphysique a nécessairement des conséquences morales qui concernent directement l’euthanasie comprise comme liberté de décider de sa mort.

L’homme reçoit son être, et donc sa vie d’une Cause suprême, et non de lui-même, d’où le principe de morale naturelle « tu ne tueras pas », que ce soit un autre homme ou soi-même. Car décider de la mort en dehors de la justice, c’est commettre une faute grave , car c’est une ingérence sur un domaine qui ne nous appartient.

La morale naturelle enseigne aussi l’amour de soi, ce que l’on appellerait « l’instinct de conservation » , qui est profondément ancré dans la nature humaine (cf. Ethique à Nicomaque d’Aristote VIII).

L’homme veut son bien naturellement, et la mort est un mal qui ne peut se souhaiter raisonnablement. La cause d’un tel désir peut-être double ; c’est :

     1)   La souffrance physique

Un exemple parmi tant d’autres d’une souffrance intolérable nous est donné par Jacques d’Arnoux, cruellement blessé durant la guerre de 14-18 ; lui-même parle d’une souffrance si vive que la volonté perd toute maîtrise d’elle-même, et agit absolument hors du contrôle de la raison, dans le seul et unique but de faire cesser cette douleur trop forte, serait-ce par la mort. (autre exemple encore plus frappant : Sainte Thérèse de Lisieux).

Dans un cas semblable où le malade demande la mort, et donc veut se suicider, on a le droit et le devoir de l’en empêcher, car dans ces cas extrêmes, il n’est plus maître de lui-même, car la douleur physique annihile momentanément les facilités de la raison et de la volonté. Le médecin (ou l’infirmière) doit donc choisir à sa place le meilleur pour lui, c’est-à-dire la vie, et des soins pour apaiser sa souffrance.

     2)   La souffrance morale

C’est un domaine plus vaste et peut-être moins courant dans les problèmes de l’euthanasie contemporaine. Néanmoins, nous ne devons pas nous leurrer : si l’euthanasie, et à plus proprement parler le suicide assisté devient légal, le glissement d’un motif médical à un motif psychologique se fera sans problème, et même logiquement.

La mort est la solution à une existence absurde, c’est-à-dire sans but, privée de sens et de raisons. Le néant est préférable à l’absence de réponse devant un espoir à jamais sans objet.

Ce raisonnement est logique et raisonnable ; ceux qui en arrivent à de telles conclusions radicales ont néanmoins une soif qui peut-être comblée, contrairement à d’autres qui ne vivent que pour des considérations purement matérielles sans chercher aucune transcendance. « le désespoir, oui. Mais Dieu me garde de l’inespérance ! Mieux vaut le cri sans réponse que la mutité, et mieux vaut le tourment de l’amour blessé que la « terrible paix des hommes sans amour » ». (Thibon qui cite Milosz Aux ailes de la lettre).

La solution au désespoir est la certitude de l’existence de Dieu (cf. plus haut et les 5 voies) et donc d’un bien transcendant, d’une finalité à atteindre, et la certitude d’une vie de l’âme après la mort. « Pourquoi suis-je né si ce n’était pas pour toujours ? » demande Ionesco dans Le roi se meurt. (Pour les preuves de l’immortalité, cf le Phédon de Platon).

L’existence est une contingence ; elle demande toujours une explication supérieure, à moins que l’on ne se résigne volontairement et sciemment, comme le fait Sartre, à son absurdité fondamentale, ce qui est, pour reprendre Maritain, « la suprême défaite de l’intelligence ».

La réponse au désespoir aux suicidés est l’existence de Dieu et d’une finalité, d’un but inscrit dans notre nature et donné par ce même Dieu. Si l’absurde révolte et désespère, c’est que l’homme est fait pour une fin qui le rende heureux.

 

Conclusion :

Il faudrait élargir ce propos rapide aux réponses que nous apporte la théologie catholique, et qui (sont conformes et) complètent admirablement les principes de la philosophie pérenne aux sujets de ses questions touchant Dieu, la vie, la mort et la souffrance mais se serait s’éloigner  de notre but proprement philosophique.

Laissons donc un philosophe catholique conclure et résoudre, rapidement peut-être, mais si justement ces problèmes qui touchent le cœur même de l’homme, la souffrance et la mort : « si Dieu n’est pas, rien n’ayant de sens, le meilleur n’est pas un bien ; et si Dieu est, tout ayant un but, le pire n’est pas un mal ». (Thibon)

Blandine Cornu pour CIVITAS PARIS

 


 

2 - Loi Leonetti : mourir de faim et de soif… à l’hôpital !

 

L’acharnement thérapeutique et l’euthanasie active sont  condamnés…

La loi du 22 avril 2005 sur la fin de vie proposée initialement par la Mission d’information présidée par le député et médecin  Jean Leonetti n’ouvre officiellement pas le droit à la mort médicalement provoquée. De prime abord, le texte est très « catho-compatible ».  Il proscrit l’acharnement thérapeutique, il  introduit la notion de « proportionnalité des traitements » et officialise les soins palliatifs.

L’acharnement thérapeutique se définit comme une obstination déraisonnable, refusant par un raisonnement buté de reconnaître qu’un homme est voué à la mort et qu’il n’est pas curable.

Modification de l’article L. 1110-5 du CSP : « Lorsque ces actes apparaissent inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris. »

Mais à partir de quand peut-on dire qu’une obstination est déraisonnable ? Quel lien y a-t-il exactement entre acharnement thérapeutique et curabilité d’une affection ? Un soignant peut-il est suspecté d’acharnement thérapeutique s’il soigne un patient chronique ?

…mais l’euthanasie « par omission » est reconnue !

 

 

Selon le principe de proportionnalité, le médecin doit informer son patient de son état ; à la demande de ce dernier, incurable et souffrant, le traitement inutile doit être arrêté.

Cependant, le paragraphe 4 de l’article L1111 a subi entre temps une légère modification qui a toute son importance: on passe du refus d’un soin au refus de tout soin.

Si la volonté de la personne de refuser ou d’interrompre un tout traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en œuvre pour la convaincre d’accepter les soins indispensables.

Ce  tout petit mot peut justifier l’arrêt de l’alimentation artificielle pourtant considérée traditionnellement comme un soin quotidien, un moyen ordinaire et non un traitement. Pour couper court à toute discussion, la mission parlementaire a bien pris soin de préciser dans son Rapport n°1708 et l’exposé des motifs de la loi que les limitations et les arrêts de traitement « s’appliquent à tout traitement, quel qu’il soit, y compris l’alimentation artificielle. Celle-ci est aujourd’hui en effet considérée par des médecins, par des théologiens et par le Conseil de l’Europe comme un traitement ».

Mais de quels théologiens parlent ce texte ? Sûrement pas des catholiques… La Congrégation pour la doctrine de la foi a encore répondu en Août 2007 à la conférence épiscopale des Etats-Unis  que « l’administration de nourriture et d’eau, même par des voies artificielles, est en règle générale un moyen ordinaire et proportionné de maintien de la vie. Elle est donc obligatoire dans la mesure et jusqu’au moment où elle montre qu’elle atteint sa finalité propre, qui consiste à hydrater et à nourrir le patient. On évite de la sorte les souffrances et la mort dues à l’inanition et à la déshydratation. »

Sources :

Rapport de Patrick VERSPIEREN, Département d’éthique biomédicale Centre Sèvres. Paris   La loi Leonetti relative aux droits des malades et à la fin de vie ; OBJECTIFS ET AMBIGUÏTES.
Notes sur la loi Léonetti mardi 17 janvier 2006 Gériatrie, soins palliatifs – Michel Cavey.
Euthanasie par arrêt d’alimentation : la loi Léonetti prise à son propre piège ? Liberté Politique.
Réponses de la Congrégation pour la doctrine de la foi aux questions de la Conférence épiscopale des Etats-Unis d’Amérique relatives à l’alimentation et à l’hydratation artificielles, approuvées par le Saint-Père Communiqué de Presse de la Cité du Vatican du Vendredi 14 septembre 2007 via pelerin.info

 


 

3 - Souffrance et sondage…

 

 

Etant donné la prise en conscience de  l’inadaptation des soins pour les mourants, il n’est pas étonnant qu’à la question « Êtes-vous pour l’euthanasie? », la plupart des gens répondent qu’ils le sont. D’autres questions révèlent pourtant qu’ils entendent par là qu’ils préfèreraient mourir sans souffrance plutôt qu’avec douleur. Si on leur demande  « en cas de stade terminal, préfèreriez-vous avoir un traitement de confort ou votre vie arrêtée par un médecin ? », leurs réponses sont assez différentes.

Un point de vue médical, éthique, légal et psychosocial Jathleen Foley, M.D., et Herbert Hendin, M.D.

 


 

4 - Témoignages

 

A partir de quand parle-t-on d’euthanasie ? Comment réagir devant un patient qui a mal ?

Je suis infirmière en médecine interne depuis bientôt trois ans. On y soigne des gens atteints de cancers digestifs de la découverte en passant par la première chimiothérapie au bilan d’extension et jusqu’à l’accompagnement en fin de vie. Au fur et à mesure des hospitalisations une relation de confiance s’instaure entre le malade et les équipes soignantes (médecins, infirmières, aides-soignantes…) et entre les soignants et la famille du patient. Mais on prend en charge des patients souffrant de douleur chronique d’origine rhumatologique, neurologique…

Après la mort, la douleur est très difficile à supporter pour nous soignants. Mais que répondre à un patient qui, plié de douleur ou prostré au fond de son lit, vous dit  : « Ne me laissez pas souffrir, faites moi une piqûre pour qu’on en finisse pour de bon je n’en peux plus…».

Jadis, le mot euthanasie signifiait une mort douce. De nos jours, c’est une intervention de la médecine qui donne la mort dans le but recherché de supprimer la douleur soit par une action soit par une omission.

Quand j’ai commencé à travailler comme infirmière, je me suis posée de nombreuses questions quand je devais prendre en charge des patients très douloureux en fin de vie et pour lesquels je devais poser le duo morphine (analgésique central, le plus puissant qui existe aujourd’hui et il a pour conséquence d’entraîner des troubles respiratoires pouvant causer la mort du malade et des troubles de la conscience à type d’endormissement ou d’hallucination…) et hypnovel (hypnotique sédatif qui endort le patient mais ce dernier aura une amnésie rétrograde, le patient est réveillable à l’arrêt du traitement et à faible dose le patient peut-être conscient) car je savais que mon patient allait s’endormir pour toujours et parfois la mort survenait rapidement. Est-ce de l’euthanasie? A partir de quand parle-t-on d’euthanasie? Comment réagir devant un patient qui a mal ?

 

Négation

 

L’euthanasie est active lors de l’injection directe de produit mortel en intraveineux dans le but premier de tuer pour soulager la souffrance. Cette demande peut venir du patient ou de sa famille qui n’en peut plus de voir son proche souffrir jour et nuit, ne plus dormir, manger, être prostré dans son lit, se dégrader au jour le jour (perte de poids, changement de teint de figure, chute des cheveux…).

Une fois, une famille est venue me voir en demandant de faire quelque chose car cela faisait une semaine que leur proche était inconscient mais toujours vivant.

L’euthanasie est passive lorsque nous, soignants, on ne dispense pas les soins de base (hygiène, alimentation et hydratation) nécessaires aux patients. Parfois nos médecins disent « on arrête l’alimentation, ils n’en n’ont plus besoin car ils vont mourir, il faut prioriser ». Mais l’alimentation comme l’hydratation sont indispensables à la survie des cellules. Qu’est ce que cela coûte de passer des poches d’alimentation ou d’hydration car souvent nos patients sont perfusés. Mais il est vrai que certaines personnes âgées en fin de vie n’ont pas forcément d’abord veineux. Mais il existe d’autres moyens comme l’alimentation par sonde ou l’hydratation en sous-cutanée).

On a eu une patiente très douloureuse, toute maigre, qui s’est laissée mourir petit à petit, refus de boire, de manger… « impiquable » donc sans abord veineux pour la nourrir, la soulager… On s’est battu avec nos médecins afin qu’elle ait une voie veineuse centrale (tuyau relié directement avec la veine cave supérieure) pour pouvoir passer des anti-douloureux et la nourrir. Mais ils nous répondaient: « c’est un geste à risque, elle peut mourir! » et alors elle est  entrain de mourir en souffrant.

Voici les deux grands axes d’euthanasie qui peuvent se pratiquer aujourd’hui.

On peut parler aussi d’euthanasie active indirecte lors d’administration d’antalgique (antidouleur) à dose mortelle, mais le but premier n’est pas de tuer mais de soulager le patient de sa souffrance afin qu’il puisse profiter de ses derniers instants à vivre.

Dans ses discours sur « les problèmes religieux et moraux de la réanimation » (24/12/1957), « les problèmes religieux et moraux de l’analgésie » (27/02/1957), « les problèmes moraux de la neuro-psycho-pharmacologie » (09/09/1958) le Pape Pie XII dit « il serait erroné de prétendre que la douleur est une condition indispensable de cet héroïsme » (les problèmes moraux de la pharmacologie). Car la douleur entraîne « l’état de faiblesse et d’épuisement physique, entravent l’élan de l’âme et minent les forces  morales au lieu de les soutenir. Par contre la suppression de la douleur procure une détente organique et psychique, elle facilite la prière et rend possible un don de soi plus généreux » (les problèmes religieux et moraux de l’analgésie).

Mais attention, si le Pape Pie XII ne considère pas cela comme de l’euthanasie, on n’a pas pour autant quartier libre car notre seul but est de soulager nos patients. L’inconvénient de la morphine est l’accoutumance. Alors les médecins doivent réévaluer le traitement au fur et à mesure de l’évolution de la pathologie. On arrive parfois à des doses mortelles pour tout sujet sain qui n’a jamais pris de morphine.

Une patiente nous dit : « je sais que je vais mourir mais je vous demande une chose, je ne veux pas souffrir donc si c’est le cas je voudrais avoir une piqûre ». On s’est battue avec elle en équipe afin qu’elle ne souffre pas. Elle a eu des doses énormes de morphine, elle est morte quinze jours plus tard après l’introduction du traitement en intraveineux ; avant, elle était calmée par patch intradermique et comprimé de morphine. Sa demande d’euthanasie n’est pas revenue et quand sa douleur était calmée, elle pouvait se promener avec sa famille.

Le Pape Pie XII dit dans le discours sur les problèmes religieux et moraux de l’analgésie qu’il faut une proportionnalité raisonnable entre la cause (intensité de la douleur) et le moyen pour y remédier (la quantité d’analgésique). L’avantage en terme de soulagement de la douleur doit être supérieur au désavantage en terme d’abrégement de la vie et qu’aucun moyen moins nocif ne doit être disponible et la dose nécessaire au soulagement ne doit pas être dépassée (c’est-à-dire qu’une fois le patient calmé, on arrête d’injecter ces produits).

Il est important que le patient et sa famille soient prévenus des complications de ses traitements afin qu’ils prennent leurs dispositions avant (voir un prêtre, régler les papiers…)

 

Négation mort

 

L’euthanasie est dite passive indirecte c’est ce qu’on appelle plus couramment acharnement thérapeutique. On sait que le patient est en fin de vie mais on continue à prodiguer des traitements démesurés (chimiothérapie,réanimation,….).
Dans mon service, quand après décision médicale et accord de la famille et du patient, il est jugé « non réanimatoire », c’est écrit noir sur blanc dans son dossier c’est-à-dire que s’il fait une détresse respiratoire, un arrêt cardiaque ou autre on soulagera uniquement sa douleur en le mettant sous hypnotique.

Les demandes d’euthanasie viennent des patients à l’annonce d’un diagnostic car ils ont peur de souffrir, de se voir se dégrader (devenir grabataire, accepter de se faire laver par quelqu’un d’autre…) ou en pleine crise de la douleur (morale ou physique). On a tous eu mal un jour ou l’autre et là on est prêt à tout pour que la douleur cesse. Mais quand le patient est soulagé et a passé cette phase de deuil et d’acceptation, la demande revient rarement. Mais à ce moment elle provient des familles qui acceptent très difficilement la dégradation quotidienne de leur proche. La fatigue physique et morale s’installe au jour le jour. Ils sont heureux de voir l’être cher encore mais en même temps c’est trop long, « je n’en peux plus de venir tous les jours à l’hôpital, de mal dormir de peur de ne pas entendre le téléphone sonner… ».

La loi Léonetti du 22 avril 2005 instaure officiellement les soins palliatifs que l’OMS définit comme « des soins actifs globaux apportés aux malades dont la maladie ne répond plus à la thérapie curative et pour lesquels sont primordiaux le contrôle de la douleur et autres symptômes ainsi qu’une assistance psychologique, morale, familiale et sociale. Ces soins ne visent plus la guérison mais bien l’assurance d’une qualité de vie optimale pour le malade et ses proches ». Au stade palliatif, on priorise dans le service le confort, l’écoute du patient… mais aussi de sa famille ; les heures de visite n’ont plus de limites…

A nous, soignants, à écouter la douleur de nos patients et à nous battre avec eux afin de la soulager par les divers moyens médicaux qu’ils existent: traitement  à base de morphine sous les différentes formes (patch, comprimés, sucettes, en intra veineux), les hypnotiques, les anxiolytiques… On peut même arriver jusqu’à endormir le patient si on n’arrive pas à le soulager alors ne cherchons pas à le tuer pour le soulager. Dieu a dit dans ses dix commandements:  « tu ne tueras pas ».

Bernadette POISSON pour CIVITAS PARIS

 


 

J’étais dans le coma et tu m’as euthanasié

Je suis dans le coma depuis plus de 20 ans maintenant. J’ai changé sept fois de chambre. Je l’ai ressenti. Je commence à les reconnaître le bruit de ces rideaux qu’on tire, la lueur blanchâtre des néons allumés, les mouvements, près des moi, des infirmières qui se plaignent de venir piquer le « légume », comme elles disent, que je suis. Le son des pas dans les couloirs, les voix éparses sont les joies de ma journée. Mes sens fonctionnent moins bien qu’auparavant, mais je ressens tout cela. Les claquements soudains de la porte sont les surprises de la semaine. Et je retrouve avec joie la présence de mes proches dont je sens la proximité. J’attends le jour de ma délivrance, je patiente jusqu’au moment où je les retrouverai avec tous mes sens ragaillardis. En attendant, je n’oublie pas de penser à Dieu, retrouvant les prières que j’ai appris tout enfant. La désespérance n’a pas de prise sur moi. Pourtant, aujourd’hui, la décision est tombée. Ils vont me lâcher. Je n’ai aucune idée des lois qui sont votées à l’Assemblée, mais je les redoute. Mes proches, lassés, alors que je ne le suis pas, ont pensé, de concert avec mes médecins, que ma vie ne valait plus le coup d’être vécue. Ils ont décidé qu’il n’y avait rien à faire pour ma pomme, qu’on avait fait le maximum. Ils ont décidé pour moi. Je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, j’ai juste roulé un peu trop vite, comme ça leur est parfois arrivé. Mais ils ont voté la mort, ils m’ont condamné. Mon cœur, rempli chaque jour d’espérance à leur venue, est entièrement déchiré. Je sens que mes larmes deviennent sang. J’aurais envie d’hurler pour ne pas monter à l’échafaud, pour dire que l’on tue un innocent. Mon espérance sur terre prend fin. Ils ont décidé pour moi. Ils vont me tuer. L’euthanasie, disent-ils, permet de me faire disparaître dans la dignité. J’emporte la leur avec moi. Ils sont mes assassins.

CIVITAS PARIS

 


 

Témoignage de Bernadette Poisson, infirmière catholique en milieu hospitalier

 

 

Je travaille comme infirmière dans un service de médecine générale depuis bientôt trois ans. Je soigne des gens qui souffrent de cancer digestif à tout stade ou autres pathologies douloureuses.

Quoi de plus dur pour un soignant d’être impuissant devant la douleur des patients et comment répondre aux demandes « mais ne me laissez pas souffrir faites moi une piqûre tant pis si je dois quitter femme enfants et familles ! »

Dans l’antiquité le mot euthanasie signifiait bien mourir sans souffrance. Aujourd’hui « L’euthanasie est une action ou une omission dont l’intention première est de viser la mort d’un malade pour supprimer sa douleur ». Mais aujourd’hui que veut-on cacher derrière ce mot ? Jusqu’où veut-on aller ? A quel moment le soignant ou tout autre personne a t-il le droit de vie ou de mort sur une personne épuisée par la douleur ?

L’euthanasie peut-être active directe par l’injection de traitement mortelle à type de potassium en intra-veineux direct… ou tout autre procédé visant uniquement à tuer la personne. Un jour une famille vient me voir en me disant que leur proche mettait du temps à partir et me demande si je ne peux pas faire quelque chose ? Ou de manière passive par l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation du patient (ambiguïté de la loi Le à l’article 9). Dans mon service j’ai entendu dire un médecin : « on arrête l’alimentation mais on la laisse en place en clampant la tubulure afin de ne pas alerter sa famille ». Le patient est décédé quelques jours plus tard même si ça mort était inéluctable, n’avons nous pas rajouté de la souffrance à ce patient tout en écourtant sa vie ?

L’article 20 du code de déontologie: « le médecin doit s’efforcer d’apaiser les souffrances de son malade. Il n’a pas le droit d’en provoquer délibérément la mort ». La loi Léonetti votée le 22 avril 2005 tend à développer les soins palliatifs. L’OMS les définit comme « des soins actifs globaux apportés aux malades dont la maladie ne répond plus à la thérapie curative et pour lesquels sont primordiaux le contrôle de la douleur et d’autre symptômes ainsi qu’une assistance psychologique, morale, familiale et sociale. Ces soins ne visent plus la guérison mais bien l’assurance d’une qualité de vie optimale pour le malade et ses proches ». Dans notre service quand un patient est considéré en soin palliatif, l’écoute, le confort du patient et de sa famille sont notre but premier. On travaille en collaboration avec le médecin afin d’augmenter les doses d’antalgique si besoin. On accorde aux familles des heures de visites en dehors de la réglementation… C’est répondre aux demandes du patient et de sa famille.

Combien de patients demandent à mourir lorsqu’ils souffrent ? On a tous eu mal un jour ou l’autre et je crois qu’à ce moment là, on est prêt à tout pour que la douleur cesse. A nous soignants de nous battre pour que nos malades ne souffrent plus. La science progresse tous les jours, et même si de nombreuses maladies restent encore incurables, les moyens pour combattre la douleur sont variés. Du traitement par la bouche en passant par les patch intra-dermiques, les solutions en intra-veineux ou autres procédés. De nombreux malades nous demandent de leur faire une piqûre quand la douleur à dépassé leur seuil de tolérance mais ils sont aussi nombreux à nous remercier quand leur douleur est calmée. La demande d’euthanasie ne réapparaît plus, ils sont calmes, sereins. Beaucoup continuent ainsi à profiter de leur famille. L’euthanasie n’est pas une solution car elle ne supprime pas la souffrance mais la vie. Mais n’oublions pas que seul Dieu a le droit de donner et reprendre la vie.

CIVITAS PARIS

 


 

Euthanasie : le bouleversant témoignage de Pierre Panis

Né en 1952, marié en 1977, viticulteur-arboriculteur de profession, hyper dynamique de nature, je vivais heureux et croquais la vie à pleines dents. Un jour, vers la fin de l’année 1985, j’avais 33 ans, j’ai commencé à être gêné pour utiliser un tournevis. Six mois après j’étais en fauteuil roulant et, trois ans après, ne pouvant plus tenir ma tête, j’optais pour le lit… que je n’ai plus quitté depuis ce jour. Aujourd’hui, je suis entièrement paralysé, trachéotomisé, branché à un appareil respiratoire et ne peux désormais remuer que les yeux.

Cette maladie, appelée « Sclérose latérale amyotrophique » (S.L.A.) ou « maladie de Charcot » entraîne une dégénérescence inexorable de tous les muscles et conduit rapidement le malade à une dépendance totale. Par bonheur, je possède un ordinateur équipé d’un logiciel spécial qui me permet d’écrire avec les yeux. C’est grâce à cet équipement que je peux vous écrire aujourd’hui.

Le premier moment d’abattement passé, je me suis tourné vers le Ciel et j’ai demandé : pourquoi moi ??? Mon sort me paraissait injuste ; il y a tant de chômeurs professionnels… Tant d’individus sans foi ni loi… Pourquoi moi ? Je voulais comprendre… et j’ai compris ! J’ai compris qu’il m’avait fallu cette maladie pour me rendre compte que, comme beaucoup de monde, je me mettais la conscience tranquille en allant à la messe le dimanche mais qu’en fait, j’étais très loin de suivre la route du Seigneur. Aujourd’hui, je suis entièrement paralysé, je ne peux remuer que les yeux mais je suis heureux :
- heureux de marcher à nouveau sur la route du Seigneur,
- heureux de vivre enfin en conformité avec mon idéal,
- heureux d’être modestement utile à mon Dieu.

Issu d’une vieille famille terrienne, catholique et pratiquante, ayant toujours eu la Foi, à l’annonce de ma maladie, je me suis jeté en elle avec le désespoir et la frénésie d’un naufragé sur une bouée de sauvetage… Malgré l’extrême douleur des premières années: le désarroi dure tant que dure la descente aux enfers, j’ai maintenu ma confiance en Dieu… La descente dure tant qu’il reste des muscles à immobiliser, à paralyser. A partir de là, quand on a touché le fond, quand la maladie ne trouve plus de quoi alimenter son appétit destructeur, on entre dans ce que nos éminents spécialistes appellent la phase terminale. Il y a 17 ans que je suis en phase terminale, je m’y suis habitué et, au risque de vous surprendre, ma joie de vivre balayant ou occultant tous les inconvénients et contraintes liés à mon état, je suis heureux !

J’ai les idées bien en place et aucune envie de me plaindre ! Oserai-je dire : au contraire ! Car cette maladie est, pour moi, une sanctification forcée… Gloire à Dieu ! Réaction au malheur incompréhensible pour la plupart, mais Dieu remplit ma vie et je ne manque de rien. Le bonheur serait il subjectif et totalement indépendant de toute jouissance humaine ? Je laisse à chacun le soin de méditer cette pensée qui est une approche directe de l’influence permanente de Dieu dans nos vies, par une action à la fois permanente et imperceptible sur notre coeur, notre ressenti et nos évidences fondamentales…

Oui, la souffrance existe, aussi bien physique que morale mais il est écrit dans la Bible : Matthieu 11, 28-30 « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. » Je suis là pour en témoigner !… J’ai, bien souvent, remonté le moral de gardes-malades désespérées pour des peines légères et passagères mais j’ai moi-même rarement perdu le moral et je n’ai jamais perdu l’espoir parce que je n’ai jamais douté de l’Amour de Dieu. Comment penser à l’euthanasie quand on a Dieu dans le coeur et quand aucune souffrance ne peut altérer notre confiance en Lui…

Les « sans Dieu » sont à plaindre car ils ne connaissent pas l’incommensurable bonheur de se sentir aimé de Dieu, ils ne peuvent pas imaginer le secours bien réel dont bénéficient les amis de Dieu dans l’épreuve. Quand l’enfer se déchaîne contre nous, nous savons qu’il ne s’agit que d’une épreuve supplémentaire, destinée à tester notre Foi et notre confiance envers le Tout-Puissant, Créateur de tout ce qui est… Il faut savoir que nous avons été créés par un débordement de l’Amour Infini de Dieu et que toutes nos souffrances sont nécessaires à notre purification, pour la préparation de notre éternité bienheureuse dans la Gloire de Dieu.

Oui, quand l’enfer se déchaîne contre nous, nous accentuons notre prière, nous implorons le Ciel et nous gardons confiance… alors que les « sans Dieu », dans la même situation, désespèrent, appellent la mort et revendiquent le droit à mourir. Ils appellent ça « mourir dans la dignité » ! Ne s’agit il pas plutôt de désespoir et de lâcheté ? Ce qui est grave, parce qu’irréversible, c’est qu’ils refusent la Volonté Divine qui est Lumière et se précipitent dans la mort qui est ténèbres. Dieu respectera leur choix, leur libre arbitre, et les laissera aller dans les ténèbres éternelles puisque telle est leur volonté, libre et délibérée.

Alors que celui qui accepte et offre sa souffrance se met en phase avec la Volonté divine parce qu’il fait preuve d’humilité, d’obéissance, de soumission, de confiance et d’amour envers notre Créateur et Rédempteur. La souffrance acceptée et offerte purifie notre âme, constitue une protection contre l’enfer et fait office de sauf-conduit pour le purgatoire dont elle peut réduire sensiblement la durée. L’euthanasie est donc criminelle à double titre : pour le temps et pour l’éternité. Par son refus radical de la Volonté Divine elle est un billet pour l’enfer.

Il en est de même pour l’avortement. La culpabilité de l’avorteuse est même bien pire car, pour un confort égoïste, elle ôte la vie à son propre enfant qui possède déjà une âme immortelle et vivra donc éternellement dans le Ciel en qualité de martyr de sa propre mère. Mais il est important de savoir que Dieu pardonne au pire des criminels qui implore son pardon avec un repentir sincère. Chacun peut donc décider de revenir à Dieu à tout moment mais, en nos temps troublés, il serait quand même prudent de ne pas attendre.

En conclusion, qu’importe notre vie actuelle, offrons la joyeusement à la divine Justice, soyons des amis fidèles de notre Dieu d’amour et de miséricorde, des esclaves de l’Amour, car nous savons que nous passerons l’éternité dans sa Gloire et que la vision béatifique chavirera perpétuellement notre coeur dans le ravissement et dans l’extase.

Source: Pierre Panis publié dans le bulletin de la paroisse du Prieuré Saint-Louis (Nantes) « l’Hermine » n°15